C'est avec un énorme plaisir qu'on vous présente, ici, en exclusivité et selon son accord, la première Nouvelle d'un auteur delémontain qui nous est très proche. Le texte, comme vous pourrez le voir, n'est pas si loin de la réalité. A croire que l'auteur s'est transformé en mouche pour suivre notre voyage. Qui sait???
Nous nous sommes permis de rajouter des images pour illustrer le texte. Espérons que l'auteur ne nous en voudra pas.
En tout cas, c'est avec beaucoup d'émotion et de plaisir que nous avons lu le texte de notre cher ami Igor. Il nous semblait inconcevable de ne pas partager cette petite merveille avec nos lecteurs. On espère que vous aurez autant de plaisir que nous à le lire.
Encore un énorme merci à Igor pour ce beau cadeau qu'il nous a fait.
Bonne lecture à tous.
A bientôt
Mendoza, jour J + 3 mois
- Fred ?
Elena ne reçut aucune réponse. Elle insista à nouveau, en élevant légèrement la voix. C’est que depuis qu’il s’était mis en tête de ne plus se raser, il était soudain prit de petits troubles de l’audition. Et cette lubie de non-rasage systématique ne déclinait pas. Faudra que je lui dise de se raser au moins le contour des oreilles, nota-t-elle mentalement. La deuxième tentative n’étant pas couronner de succès, Elena se dirigea dans la pièce où se trouvait l’oiseau barbu, un oiseau qui ressemblait de plus en plus à John Garvey, le copain de Charles Ingalls dans la petite maison dans la prairie, les cheveux en moins.
- Fred ? l’interrogea-t-elle en lui posant la main sur l’épaule. Il était tranquillement vautré à consulter un récapitulatif des meilleures caves du coin.
- T’es prêt ? On y va ? continua-t-elle.
- C’est clair, on est loin !
Aujourd’hui, ils se rendraient sur la route des vins, dans la vallée de Mendoza. Cette région viticole est une des plus importante au monde, de par sa superficie et de sa production annuelle.
- La région est classée parmi les sept meilleurs vignobles au monde, Elena. Nous sommes au cœur de quelque chose d’immense à tout point de vue ! lui apprit-il sur un ton professoral en accompagnant ses dires d’un mouvement ample du bras, comme pour prouver l’immensité par le geste. Tu vois, continua-t-il en grand seigneur, ici c’est principalement le malbec qui est utilisé pour la production.
Elena opina du chef et fit comme si elle apprenait quelque chose. Ils se mirent en route pour se rendre à l’arrêt de bus le plus proche. En chemin, ils rencontrèrent deux policiers qui déambulaient dans la rue. Il a une tête d’œuf celui-là, pensa Fred. Mais les deux policiers ne pipèrent pas un mot devant sa tête de belligérant colombien. Ils accélérèrent même leur allure, comme pour les éviter.
Fred avait son petit programme de visite en main et ils devaient rouler environ une heure et demi pour commencer leur tournée.
- On doit prendre le bus dix, madame ! déclara Fred, tout fier de son jeu de mot.
- T’es sûr ?
- Oui, oui ! C’est celui pour Las Pampas, et après, 10 minutes de marche nous sépare de notre premier verre de pinard.
Ils attendirent un bon quart d’heure car le bus avait du retard. Une fois installés, ils admirèrent les magnifiques cimes abruptes des montagnes argentines. Le spectacle passait invariablement de la beauté brute et sauvage des hauteurs montagneuses aux couleurs chatoyantes du paysages viticoles. Ils arrivèrent à destination avec un peu d’avance.
- C’est bizarre ça, constata Fred.
- Tu trouves pas sur le plan ?
- Non, je ne vois pas la première bodega de notre programme.
- Ah bon, viens voir.
- Regardes, ça n’a rien à voir.
- Ouais, t’as raison, On est pas à la bonne place.
- On a prit le mauvais bus !
Fred vit rouge. Il avait mal joué ce coup-là. Il s’est bien fait niquer avec ce dix ! Même avec la dame à côté, assise tranquillement qu’elle était pendant le voyage. Il commença à éructer comme un mulet. Elena tenta de l’apaiser en lui montrant l’entrée d’une autre bodegas, pas très loin de là. Il se calma à moitié et continua à faire son cirque en entrant à l’accueil du domaine Adalgisa. Ils patientèrent un instant, tandis que Fred ruminait encore des bordels de merde dans sa barbe. Puis quelque chose le fit s’arrêter net, un frisson lui remontant la colonne vertébrale.
- You talkin’ to me ?
Fred n’osa pas se retourner. Non, c’est pas possible, se dit-il.
- You talkin’ to me ?
J’en connais un qui ne me croira jamais si je lui raconte ça, pensa-t-il avant de se retourner…
9.03.12

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